Le fort de Chelles

Le fort de Chelles

Chelles - Agglomération Paris - Vallée de la MarneÉrigé au sommet de la « Montagne de Chelles », à 104 mètres d’altitude, le fort de Chelles a été construit entre 1876 et 1879 pour contribuer à la défense de Paris, quelques années à peine après la fin de la guerre franco-prussienne de 1870…

Assurer la protection de Paris

La guerre de 1870 a profondément marqué l’esprit des Chellois. La municipalité et la quasi-totalité de la population avait dû fuir la commune pour se réfugier à Paris : Chelles ne comprenait plus alors que 34 habitants. Les Prussiens avaient fait de la ville un point d’appui de leurs lignes offensives lors du siège de la capitale : trois batteries d’artillerie avaient été installées sur les hauteurs de la ville, sur la Montagne et le Montguichet. Après l’armistice, les troupes allemandes quittèrent la ville le 20 septembre 1871, laissant derrière elles une commune décimée.
La défaite française de Sedan produisit un profond traumatisme dans la population. C’est pourquoi fut décidée la construction d’une série de fortifications le long des frontières et des côtes françaises, ainsi que pour défendre Paris. Au total, 18 forts, 5 redoutes et 34 batteries seront édifiés entre 1874 et 1881, sous l’impulsion de leur concepteur et promoteur, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières. Pour sa part, le fort de Chelles fut mis en chantier en 1876, armé en août 1878 et achevé en 1879. Sa construction aurait coûté 1 260 853 francs-or de l’époque.

Un sous-sol instable

Le problème, c’est que le site de la Montagne a été exploité pendant près d’un siècle pour son sous-sol de gypse. Une exploitation à ciel ouvert, mais aussi en profondeur qui laissera un véritable lacis de galeries, peu ou pas cartographiées. La nature du sous-sol a sans doute réduit l’ambition du projet, et en 1878 déjà, un important glissement de terrain se produisit à proximité du fort. Par la suite, des mouvements de maçonnerie obligeront le Génie à opérer des travaux de renforcement – des arches en béton de ciment reposant sur des piédroits en moellon – dans des galeries situées sous et à proximité du fort.
Situé à 19 km des tours de Notre-Dame, le fort devait constituer une tête de proue capable de ralentir la progression d’une nouvelle agression ennemie, tout en surveillant la vallée de la Marne et la voie de chemin de fer toutes proches. L’ouvrage, composé de 13 pièces de rempart, 2 pièces à tirs indirects sous casemate, 4 mortiers et 10 pièces de flanquement, est dimensionné pour accueillir une garnison de 328 hommes, encadrés par 11 officiers et 24 sous-officiers

Un faible intérêt militaire

En septembre 1894, avec le fort de Vaujours et les batteries de Montfermeil, le fort de Chelles participa à de grandes manœuvres militaires dirigées par le général Saussier. Elles avaient pour thème la défense d’une partie du camp retranché de Paris attaqué par une armée débouchant de la ligne Soissons – Meaux. Le fort était défendu à cette occasion par une compagnie du 154e régiment d’infanterie. Puis vers les années 1900, il participa à des exercices de transmission optique.
Le fort prit un rôle actif au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Dès le 12 août 1914, avant même la déclaration de guerre, le 3e bataillon du 68e régiment d’infanterie territoriale s’installa au fort de Chelles, mais le 15 décembre 1914, le régiment tout entier quittait définitivement le secteur pour rejoindre la ligne de front, établie plus au nord de la Seine-et-Marne. Fin 1914, un projecteur de 90 cm fut installé sur le fort pour la lutte antiaérienne ; s’y rajoutèrent deux canons de 75 mm anti-aérien sur plateforme en avril 1915, puis quatre autres en mars 1918.

Une reconversion ratée

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le fort de Chelles n’eut aucun rôle actif. Il aurait été utilisé par l’armée allemande à des fins de stockage. Dans les années 1960, l’entreprise Kodak a investi le fort pour y entreposer des films ainsi que divers produits polluants en raison de la faible hygrométrie du lieu. Acheté par la ville en 1972 pour la somme de 320 000 francs, il a abrité les stands de tir d’une association sportive chelloise et a été employé par les pompiers pour des séances d’entrainement.

Aujourd’hui, le fort est fermé au public. Il a fait l’objet de travaux de consolidation et de réhabilitation en 2007 à l’occasion du réaménagèrent de la Montagne de Chelles en un parc dédié à la promenade et aux activités municipales (feu d’artifice du 14-Juillet, cinéma de plein air en août, concerts…).