La Ferme d’Ayau

La Ferme d’Ayau

Roissy-en-Brie - SituationPropriété du Prince de Bourbon-Conti, dernier seigneur de Roissy-en-Brie sous l’Ancien Régime, la ferme d’Ayau était la principale et plus ancienne des trois grandes fermes que comptait la commune, dont elle possédait près de la moitié des terres cultivables. Exploitée jusqu’en 1977, elle sera rachetée par la ville qui la transforme en pôle culturel. La ferme d’Ayau regroupe aujourd’hui une médiathèque – Aimé-Césaire – , un conservatoire et un studio d’enregistrement – Music’Hall Source – gérés par la Communauté d’agglomération, ainsi qu’un cinéma – La Grange –  et la salle de spectacles de la Grande Halle gérés par la ville.

La Ferme d’Ayau est la plus ancienne ferme du pays. Ferme du Prieur de Gournay, elle est répertoriée sous le nom de « Ferme de l’eau-delà de l’eau » (du Morbras), appelée parfois, au cours du 18e siècle « Ferme Delaleau », ce qui a pu donner « de l’Ayau » par déformation patoisante. Mais cette ferme était parfois nommée « Ferme de Roissy » : c’était la ferme seigneuriale. Elle en impose par ses dépendances entourant une vaste cour. En 1959, les habitants de Roissy prenaient encore le chemin de la ferme de l’Ayau pour aller y chercher du lait et des œufs.

Une vie très rurale

Le travail de la terre fut très longtemps l’activité principale à Roissy, un village de moins de 500 âmes organisé autour des ses trois grandes fermes qui se partagent l’essentiel de ses terres cultivables. Elles emploient chacune de nombreux ouvriers agricoles, aux rôles strictement définis, à la tête desquels le premier charretier règne en maître. C’est en effet à lui que revient le privilège de livrer fourrage et grains à la capitale tous les deux ou trois jours, ce qui lui confère une incontestable prestige. Lui connaît Paris et sa frénésie, que les autres villageois n’ont ni le temps, ni les moyens d’aller visiter.
Dans les terres riches mais lourdes de la Brie, le labour est une tâche pénible. Souvent gorgées d’eau à cause des crues récurrentes du Morbras, elles font préférer les bœufs aux chevaux pour tirer la charrue. Deux paires de puissants bœufs sont associés pour tirer l’engin à 4 socs, tandis qu’une troisième reste en réserve à la ferme. Les premiers tracteurs apparaîtront à Roissy durant la Première Guerre mondiale pour remplacer la pénurie de main d’œuvre ouvrière.
Les terres du village seront progressivement drainées et épierrées à partir de 1860, à commencer par celles de la ferme d’Ayau, alors propriété d’André Gibé. Alimentée par les écoulements des drains, la fontaine Saint-Robert sera construite peu de temps après, le long du ru traversant les terres de la ferme. L’eau y est si claire que les enfants s’y désaltèrent et qu’elle est utilisée pour la cuisine. L’épierrage, qui consiste à enlever les fragments de meulières présents dans le sol et qui détériorent les outils, est pratiqué par les femmes et les enfants, ou par des chômeurs payés à la journée par la municipalité. Cette collecte sert ensuite à l’entretien des routes et des chemins.

Sème ton blé en terre boueuse, la récolte sera généreuse

Riche en argile, la terre de Brie convient parfaitement à la culture du blé et des céréales (avoine, orge, seigle), à la betterave (fourragère et sucrière), à la pomme de terre, mais aussi au trèfle et à la luzerne. À Roissy, l’on cultive principalement le froment (blé tendre), l’avoine, et la betterave (d’abord fourragère, puis sucrière après la guerre de 1870). Souvent l’on pratique l’assolement quadriennal en alternant betterave, blé, avoine et prairie artificielle.
Dès le mois d’avril, le village est en effervescence avec l’arrivée par dizaines de travailleurs saisonniers, Belges en majorité. Surnommés les « Popauls » par les enfants du village, ils viennent se faire embaucher à la tâche pour biner les jeunes pousses de betterave. Ils reçoivent la soupe du soir et couchent dans les greniers de la ferme. Les dimanches, ils se retrouvent entre eux à l’auberge autour d’un verre d’eau de vie ou d’un pot de bière.

Après la Première Guerre mondiale, le problème de la main d’œuvre devient crucial pour tous les fermiers du village. Les ouvriers agricoles roisséens choisissent de plus en plus d’aller travailler à Paris, où les salaires sont meilleurs et les journées moins dures. À partir des années 1930, la pénurie est telle que les fermiers embauchent des saisonniers de six nationalités différentes : belges, espagnols, suisses, tchèques, italiens et de nombreux polonais. En 1931, 12,5% de la population roisséenne (96 sur 727 habitants) sont des étrangers, qui s’installent au village en famille avant d’opter pour la nationalité française.

Les travaux d’hiver à la ferme

L’activité se concentre alors dans la cour de la ferme à l’intérieur des bâtiments. Les hommes entretiennent le matériel aratoire, le garçon de cour retourne le fumier. Devant l’étable, le bouvier tond le dos de sa bête pour faciliter sa toilette. Un bourrelier venu de Pontault répare les longes et les harnais, les passant à l’huile et au noir pour les imprégner soigneusement. Le maréchal-ferrant refait les ferrures des bœufs, tandis que les femmes, dans les greniers, trient les haricots à même le plancher.
Mais c’est aussi l’époque où l’on charge le fumier et les gadoues pour procéder à leur épandage dans les champs, et où l’on pratique le battage du blé. En effet, l’on bat rarement aussitôt après la moisson car les fermiers ont alors besoin de tous les bras pour la récolte des pommes de terre et des betteraves.
Pratiqué initialement au fléau, à même la cour ou dans une grange, les progrès de l’industrie agricole voient les fermes, dès 1862, s’équiper de « trépigneuses », des machines à battre muées par un cheval marchant sur un tapis roulant. Puis au début du 20e siècle, les premières machines à vapeur équiperont progressivement les fermes pour remplacer l’homme et l’animal pour entraîner la batteuse, le tarare, le coupe-racines ou le décrotteur de betteraves.

Emportée par l’urbanisation

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Roissy est encore un petit village de moins de 800 habitants. Mais l’entrée dans les Trente Glorieuses, le développement de l’industrie et de l’urbanisation auront bientôt raison de la grande ferme d’Ayau et de ses terres convoitées. Propriété des Rothschild et de Victor Bellanger, exploitée par Henri Gerbaux depuis 1930, elle sera cédée à la Caisse des Dépôts et Consignations en 1966, avant de devenir propriété de la ville de Roissy, qui la rachète en 1977 avec le projet d’en faire un centre culturel.
Ses bâtiments furent progressivement transformés en nouveaux équipements : la grange est devenue un cinéma municipal en 1980, et un conservatoire en 1982 ; la bergerie est devenue le petit théâtre ; l’étable fut transformée en pub et studio d’enregistrement ; la grande halle, qui avait été transformée en entrepôt des services techniques, fut inaugurée en salle de spectacle en 1992 ; enfin la médiathèque Aimé Césaire ouvrit ses portes en 2012.Cette reconversion a permis de conserver l’ensemble des bâtiments ordonnés autour de la grande cour centrale ainsi que la charpente remarquable de la Grande Halle.