Le parc des Charmettes

Le parc des Charmettes

Torcy - SituationTout pousse ici à l’émerveillement. Majestueux, des arbres centenaires pointent leurs troncs massifs et ligneux vers le ciel, ombrageant de leurs feuilles exotiques un lieu en tout point unique. Car si le territoire compte nombre d’espaces verts, vastes et délicatement entretenus, le parc des Charmettes est incontestablement celui qui concentre, dans un espace relativement petit, la palette végétale horticole la plus diversifiée. Une particularité qu’il doit à son histoire, et que les travaux débutés en 2015 tendent à mettre en valeur.

 

Le parc des Charmettes naît à la toute fin du XIXème siècle lorsqu’Alphonse Duval (qui deviendra quelques années plus tard maire de Torcy) fait construire sur le site une grande maison bourgeoise, l’actuel « château des Charmettes ». Autour, il aménage un vaste jardin ordonnancé autour d’allées et de pelouses, parsemé d’arbres aux essences rares ou atypiques. Des plantations qui ne doivent rien au hasard et correspondent à un esprit de collection typiquement XIXème siècle, où les voyages durent des semaines et l’exotisme est synonyme d’inconnu fascinant, une époque d’exaltation de la nature, aussi, et empreinte de romantisme, qui voit fleurir les jardins publics où la nature « sauvage » sous toutes ses formes (végétale, minérale, aquatique) est reconstituée. Dès lors, Alphonse Duval fait aménager dans son parc des lieux secrets, une caverne de rocailles, un kiosque et même une cascade d’où jaillit l’eau alimentant une étroite rivière artificielle serpentant sur plus de 250 mètres, enjambée alors par cinq petits ponts, et qui se jette dans un petit lac aménagé au pied du château. Il fait ériger également une volière et des serres dans lesquelles mûriront les végétaux implantés sur le domaine. Le tout n’est pas sans rappeler… le parc des buttes Chaumont inauguré trente ans plus tôt. La taille et la déclivité en moins.

Les charmettes, 1921 © Archives Syndicat d'initiative de Torcy
Les charmettes, 1921 © Archives Syndicat d’initiative de Torcy

Grandeurs et décadence

En 1914, le domaine devient propriété d’Auguste Fontaine, fondateur de la société des Distilleries de l’Indochine, une puissante compagnie détentrice jusqu’en 1933 du monopole de la fabrication de l’alcool au « Tonkin et dans le nord de l’Annam », une partie de l’actuel Vietnam. Sous la férule de ces riches propriétaires, le parc est le théâtre de fêtes grandioses et son entretien est confié à une vingtaine de jardiniers indochinois en tenue traditionnelle, fait qui ne manque pas d’étonner dans ce petit village briard d’à peine 2000 âmes !

Parcs et domaines sont cédés en 1935, le château devient la résidence du vice-ambassadeur des Etats-Unis en 1946 puis est occupé par une école de sténo-dactylographes entre 1947 et 1954 avant que le comité d’entreprise d’Air France ne l’achète pour y aménager un centre aéré. Il y construit des bâtiments longs et étroits au niveau de l’actuel hôtel de ville pour héberger les enfants de son personnel et aménage, dans un parc qui perd alors sa fonction ornementale, des aires de jeux. L’Epamarne (Etablissement public d’aménagement de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée) acquiert finalement le domaine en 1981 et le grignote pour remodeler le centre-ville, y installer l’hôtel de Ville, l’espace Lino-Ventura, la Poste, un hôtel et des logements. Le château et le reste du parc sont, eux, laissés à l’abandon pendant presque dix ans.

Années 1990 : la renaissance

Au début des années 1990, la ville et l’agglomération entreprennent de redonner au château et au parc son lustre d’antan. La répartition des tâches est claire : à la commune, le château, à l’agglomération, le parc. Le chantier est colossal ! Longtemps laissé à l’abandon, ce dernier n’est qu’embrouillamini végétal et n’a rien d’un jardin public. Les remblais de l’hôtel de Ville ont définitivement interrompus la rivière artificielle, les lisières boisées ont été endommagées par les nouvelles constructions et un monticule de terre de trois mètres de haut, provenant de déblais, traverse le parc du nord au sud, le coupant ainsi visuellement et fonctionnellement en deux parties.

La rivière est asséchée et son lit, fissuré, envahi en grande partie par la végétation spontanée. La cascade n’a plus pleuré depuis des lustres et le château d’eau est ceint de disgracieux ajouts de béton. Les allées, elles, sont presque invisibles, effacées, ne laissant au promener perdu que les traces sibyllines et discontinues de chemins abîmés. Enfin, le parc est sombre, envahi par une végétation touffue et anarchique, et il est question de l’amputer encore pour y installer… une gendarmerie ! Face à une telle situation, le choix aurait pu être de repartir de zéro, d’abattre le château d’eau, raser la grotte, niveler la rivière et faire fi des anciennes allées. Il sera au contraire de remettre en valeur ce témoignage remarquable d’un parc typiquement XIXème.

Deux ans de travaux

Dès lors, il faut nettoyer, élaguer, tailler, soigner et préserver les espèces remarquables mais fragilisées par le développement rapide et anarchique de plantes invasives. Les travaux s’étaleront sur deux ans, entre 1993 et 1994. Le parc, débarrassé de sa végétation indésirée, est éclairci, la butte centrale rasée et des clairières baignées de lumières aménagées, offrant un contraste marqué avec les ambiances feutrées des sous-bois. Grille et mur d’enceinte sont restaurés afin de conserver au parc son caractère « intimiste », l’arche (au centre) et la caverne en pierre meulière (au sud) sont nettoyées et consolidées et la rivière partiellement remise en eau. Sur ses deux cents derniers mètres, 2000 plantes vivaces aux couleurs variées envahissent son lit pour créer une rivière fleurie, aux tons changeants au rythme des saisons. Des allées sont recréées en suivant de très près les tracés initiaux volontiers sinueux, pour inviter à la promenade bien plus qu’à la rapide traversée. Seuls quelques cheminements sont ajoutés pour adapter le parc, au départ privé, à sa nouvelle vocation de parc public et ainsi faciliter son accès aux équipements publics, récemment construits au nord, et aux logements qui ont poussé et le bordent au sud. Enfin, quelques éclairages sont installés, pour mettre en valeur les espèces remarquables et guider les promeneurs dans ce musée à ciel ouvert.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, en plein centre d’une agglomération de plus de 220 000 habitants, dans un parc d’1,8 hectares ouvert aux quatre vents, trois haut cèdres de l’Atlas et du Liban encadrent un petit château, voisinent avec un peuplier d’Italie et un genévrier de Chine, un chêne à feuille de saule et un séquoia géant, toisent de leur hauteur un if commun et des érables du japon, sous les rameaux majestueux d’un bouleau pubescent, d’un platane à feuilles d’érable, d’un hêtre pourpre, d’un houx commun panaché, d’un tilleul à grandes feuilles, d’un méta sequoia, d’acajous de chine, d’un liquidanbar, d’un ginkgo biloba…

Parc des Charmettes
5, avenue de Lingenfeld
77200 Torcy